Né en 1962 à Toulouse, diplômé
d’une École supérieure de commerce à Paris, exportateur
de spiritueux à Londres, humanitaire à Manille, serveur
à Atlantic City, charpentier dans le New Jersey,
créateur d’une agence de voyages à New York, vendeur de
signalétique à Lyon, concepteur-rédacteur publicitaire
à Nice, je suis aujourd’hui écrivain à Vence. Comment
en suis-je arrivé là ?
Enfant, je suis tombé dans la potion magique du cinéma.
Ce sont les images qui nourrissent mon imaginaire.
Elles ont les formes de Marilyn Monroe, le regard de
Paul Newman, la Hitchcock’s ou Kubrick’s
touch… Je consomme les films d’horreur et les
westerns comme d’autres gamins se goinfrent de bonbons.
Dario Argento, John Carpenter, Howard Hawks, Sergio
Leone posent les premières pierres de ce monde
merveilleux où les zombies sont cannibales, les
cow-boys chatouilleux et la planète en péril.
Le goût de l’écriture vient à l’adolescence, lorsque je
me mets à commenter les films que je dévore. Pour
garder une trace de mes émotions, je note ce qui
m’impressionne, me touche, le truc original, le trait
de génie. Les pires navets trouvent grâce à mes yeux,
car il y a toujours quelque chose à sauver dans un
long-métrage : un travelling vertigineux, un éclairage
sur le visage d’une actrice, trois notes de musique, un
rebondissement, un gag planqué dans une comédie
franchouillarde, un plan époustouflant dans une
américainerie décérébrée, un dialogue culte dans un
scénario bâclé…
Des exemples ? La musique obsédante de Carpenter
dans Assaut ou Halloween, le plan
d’ouverture d’Andrew Niccol dans Lord of War,
les dialogues de Tarantino lors de la répartition des
noms dans Reservoir Dogs, le travelling
arrière combiné à un zoom avant dans Vertigo,
la fusillade du restaurant filmée par John Woo dans
Hard Boiled, la perfection du dénouement dans
Seven, ou le changement d’expression d’Edward
Norton au cours de l’interrogatoire dans Peur
primale, juste avant qu’il ne devienne l’un des
plus grands acteurs du monde.
Mon imaginaire se construit avec des images du septième
art et des mots inspirés par ces images. Côté bouquins,
ce sont le Club des Cinq, Tintin et Bob Morane qui
bercent mon enfance. Plus tard, les romans noirs de
Frédéric Dard et les thrillers fantastiques de Stephen
King. Avec Pet Semetary (Simetierre), c’est la
grosse claque.
Mais cet imaginaire bâti sur du rêve a besoin de
concret, de vécu. Je veux voir des vrais flics de Los
Angeles, parler aux Indiens de Monument Valley, toucher
le désert de Lawrence d’Arabie, plonger dans
la baie de Pang Nga où a été tourné L’Homme au
pistolet d’or. Dès que je suis en âge d’avoir un
passeport, je saute dans un avion. Je sillonne la
planète, découvre l’Amérique, l’Asie, l’Afrique,
l’Europe et rencontre un tas de gens incroyables dont
le souvenir influencera le choix de mes personnages. Au
fil des fuseaux horaires, je tombe amoureux du Sud-Est
asiatique et de l’Ouest américain, de la philosophie
zen, des arts martiaux, de la civilisation navajo. Et
je me passionne pour la géopolitique. Ce qui se passe à
l’autre bout du monde m’intéresse. En voyageant, je
réalise combien la France est petite, combien notre
histoire et notre culture sont des gouttes d’eau dans
le kaléidoscope planétaire des civilisations.
J’entre à l’Institut Européen des Affaires, non par
goût pour les affaires ou le commerce, loin de là, mais
parce que l’école s’ouvre sur le monde et propose en
troisième d’année de travailler pendant huit mois dans
au moins cinq pays différents. Ma vie d’étudiant se
partage donc entre les salles de classe, les salles
obscures et les salles d’embarquement. À l’époque, je
n’ai toujours pas d’idée sur ma future profession. Je
veux faire du cinéma mais je ne connais personne dans
le milieu, je veux voyager sans être obligé de vendre
quelque chose, je veux vivre dans un endroit qui me
plaît et qui ne m’aura pas été imposé par un métier ou
par mes racines. Je ne me sens ni l’âme d’un employé de
Michelin, ni l’âme d’un arbre. J’hésite entre
l’Amérique du Nord et l’Asie du Sud-Est. Ce sera New
York, où je créé une société de promotion touristique.
Lorsque je rencontre ma future femme, je découvre
l’utilité et surtout le pouvoir des mots. Les lettres
et les poèmes que je lui adresse m’aident à la séduire.
Nous décidons de fonder une famille et de faire grandir
nos enfants dans un endroit plus adapté que Manhattan.
Nous optons pour la Côte d’Azur. Il y a la mer dont je
ne peux me passer, la montagne, l’air pur, une lumière
exceptionnelle, un ciel bleu, un décor de rêve. J’y
écris des scénarii qu’un agent à Paris ne parvient pas
à caser et des pubs qui nous font vivre. Créatif pour
Publicis et Havas, je conçois des slogans, des textes
racoleurs, des spots radio, des films publicitaires que
je tourne à Nice, à Paris, à Londres, à Bruxelles, à
Los Angeles. La pub est une bonne école du langage.
J’apprends à manier le verbe, à accrocher le lecteur, à
aller à l’essentiel, à communiquer efficacement un
message, à aimer les mots, à ne pas les gaspiller, à
vénérer leur pouvoir.
Mais le cinéma reste une obsession. Loin des salles
parisiennes ou new-yorkaises, je transforme mon salon
en salle de cinéma et tapisse les murs de VHS et de
DVD. Mes nuits sont toujours hantées par des femmes
fatales, peuplées d’individus sortis de l’Actors Studio
et mises en scène par des génies pervers.
Mon travail d’écrivain commence véritablement en 1996.
J’ai trente-quatre ans. Un début de scénario est stocké
dans mon ordinateur depuis pas mal de temps. On y voit
une Californienne de sept ans et sa jeune baby-sitter
française dans une Ford Mustang, en plein désert de
l’Arizona, traquées par des flics et des militaires qui
veulent les abattre. Un matin, je décide de continuer
l’histoire, sans me soucier de la censure, des
contraintes de tournage ou de budget, des règles
imposées par le cinéma. Je vais être seul aux
commandes, ne rendre de compte à personne, écrire une
histoire qui ne sera pas retouchée par un réalisateur
ou un producteur. Le scénario se transforme en roman,
le road movie en road novel. Je
conserve quand même quelques techniques du septième
art, enchaînant les chapitres comme des séquences,
utilisant une bande-son, privilégiant les dialogues et
l’action sur l’introspection, effectuant un montage que
me permet le « copier-coller » du traitement
de texte. Avec ce premier roman, je deviens accro à
l’écriture, et surtout à celle des thrillers où priment
l’histoire et la manière de la raconter.
Je fais donc le grand saut malgré les avertissements
bien intentionnés de ceux qui me disent qu’on ne vit
pas de sa plume. Je tire un trait sur la pub et mon
salaire confortable pour me consacrer pleinement à
l’écriture.
En 1997, je dégaine Pour adultes seulement qui
fait un carton grâce au bouche-à-oreille et à des
libraires enthousiastes. Cette course-poursuite de 350
pages où deux héroïnes de l’âge de mes filles sont
traquées à mort reçoit le Prix du polar à Toulouse.
En 1998, je récidive avec Couverture
dangereuse, un thriller à la structure encore plus
filmique où le héros, un rancher américain débarquant à
Nice, ne reconnaît plus sa femme, ne parle pas un mot
de français et devient la victime d’une machination
machiavélique. Le roman est un prélude à la tragédie du
11 septembre 2001 qui secoue l’inconscient collectif
trois ans plus tard.
Deux autres champs d’action prennent de l’importance
dans mon univers, et donc dans mon travail : les arts
martiaux et le rock.
Après avoir pratiqué le judo et tâté du kick boxing, je
m’initie au tai chi chuan et surtout au viet vo dao, un
art martial vietnamien proche du kung fu. Mon
instructeur, Rémi Bertrand, enseigne avec l’art qui
fait souvent défaut aux sports de combat en Occident et
je deviens un vo sihn, un adepte assidu, ce qui me
permet au bout de quelques années d’enseigner à mon
tour le viet vo dao aux enfants.
Fondu de musique depuis Black and Blue des
Stones jusqu’à Black Holes and Revelations de
Muse, en passant par la new wave, le punk, le ska, le
grunge, la pop anglaise, le hard rock, je rêve de jouer
d’un instrument. Ce sera la basse. Je travaille mes
gammes sur Oasis, Metallica, Deep Purple, Rage Against
the Machine, Nirvana, Red Hot Chili Peppers. À quarante
piges, je me retrouve sur scène avec des gosses de
seize ans à jouer Enter Sandman.
En 1999, je change d’éditeur, d’adresse, de fusil
d’épaule. Pendant six ans je sors du système, je prends
du recul, beaucoup de recul. Je construis ma maison,
voyage, me documente, écris des haïkus, des poèmes, des
nouvelles et deux romans, dont l’un est ambitieux. Je
veux créer un personnage comme on n’a jamais vu
auparavant, l’entraîner aux quatre coins du monde et
même au-delà, dans une histoire qui aurait
l’immortalité pour thème. Je cherche des réponses dans
le permafrost du Cercle arctique, dans les caves du
Vatican, dans les archives du FBI, dans les
publications scientifiques et historiques, chez
les taoïstes. Je décide de flinguer mes protagonistes
dès le début du roman et d’emmener le lecteur là où il
n’a jamais mis les pieds.
En 2005, Le Dernier Testament est publié au
Diable vauvert que dirige Marion Mazauric, une
personnalité comme je les aime, aux trois
« h » : humaine, hyper pro, hors normes.
Le Dernier Testament déclenche l’enthousiasme
chez les lecteurs et les critiques qui n’ont pas peur
de s’attaquer à ce diabolique pavé de 700 pages. Un
succès couronné par le Grand Prix de Littérature
Policière. Merveilleusement accueilli par les jurés
dans le temple sacré de la Bibliothèque des
Littératures Policières, je suis adoubé et deviens à
mon tour l’un d’entre eux.
Le Dernier Testament est traduit en Italie, en
Espagne, en Roumanie, en Russie, en Chine… La planète
est contaminée, ce qui me touche particulièrement
puisque le roman se veut universel, que ses personnages
sont cosmopolites et qu’il propose une vision
d'ensemble du monde.
La même année, j’écris onze chansons pour le groupe
O.C.Blues. Je leur fournis des histoires de quelques
minutes, en anglais, simples et humaines, des tranches
de vie que José, Dominique, Tony et Renaud mettent en
musique comme par enchantement. L’album intitulé
I’m Laid Back sort dans les bacs en septembre
2006 et le morceau éponyme devient l’un des titres les
plus diffusés sur les radios spécialisées.
Mon quatrième roman, celui que j’ai écrit parallèlement
au Dernier testament au cours de mes six ans
de réflexion, se déroule dans le milieu du cinéma. Il
reste sous le coude, car la priorité est à Nathan Love,
le personnage principal du Dernier Testament
dont les éditeurs et les lecteurs réclament le retour.
En février 2007, ce sera fait avec La Dernière
Arme.