PHILIP LE ROY

La nouvelle révélation du thriller Français

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Né en 1962 à Toulouse, diplômé d’une École supérieure de commerce à Paris, exportateur de spiritueux à Londres, humanitaire à Manille, serveur à Atlantic City, charpentier dans le New Jersey, créateur d’une agence de voyages à New York, vendeur de signalétique à Lyon, concepteur-rédacteur publicitaire à Nice, je suis aujourd’hui écrivain à Vence. Comment en suis-je arrivé là ?

Enfant, je suis tombé dans la potion magique du cinéma. Ce sont les images qui nourrissent mon imaginaire. Elles ont les formes de Marilyn Monroe, le regard de Paul Newman, la Hitchcock’s ou Kubrick’s touch… Je consomme les films d’horreur et les westerns comme d’autres gamins se goinfrent de bonbons. Dario Argento, John Carpenter, Howard Hawks, Sergio Leone posent les premières pierres de ce monde merveilleux où les zombies sont cannibales, les cow-boys chatouilleux et la planète en péril.

Le goût de l’écriture vient à l’adolescence, lorsque je me mets à commenter les films que je dévore. Pour garder une trace de mes émotions, je note ce qui m’impressionne, me touche, le truc original, le trait de génie. Les pires navets trouvent grâce à mes yeux, car il y a toujours quelque chose à sauver dans un long-métrage : un travelling vertigineux, un éclairage sur le visage d’une actrice, trois notes de musique, un rebondissement, un gag planqué dans une comédie franchouillarde, un plan époustouflant dans une américainerie décérébrée, un dialogue culte dans un scénario bâclé…

Des exemples ? La musique obsédante de Carpenter dans Assaut ou Halloween, le plan d’ouverture d’Andrew Niccol dans Lord of War, les dialogues de Tarantino lors de la répartition des noms dans Reservoir Dogs, le travelling arrière combiné à un zoom avant dans Vertigo, la fusillade du restaurant filmée par John Woo dans Hard Boiled, la perfection du dénouement dans Seven, ou le changement d’expression d’Edward Norton au cours de l’interrogatoire dans Peur primale, juste avant qu’il ne devienne l’un des plus grands acteurs du monde.

Mon imaginaire se construit avec des images du septième art et des mots inspirés par ces images. Côté bouquins, ce sont le Club des Cinq, Tintin et Bob Morane qui bercent mon enfance. Plus tard, les romans noirs de Frédéric Dard et les thrillers fantastiques de Stephen King. Avec Pet Semetary (Simetierre), c’est la grosse claque.
Mais cet imaginaire bâti sur du rêve a besoin de concret, de vécu. Je veux voir des vrais flics de Los Angeles, parler aux Indiens de Monument Valley, toucher le désert de Lawrence d’Arabie, plonger dans la baie de Pang Nga où a été tourné L’Homme au pistolet d’or. Dès que je suis en âge d’avoir un passeport, je saute dans un avion. Je sillonne la planète, découvre l’Amérique, l’Asie, l’Afrique, l’Europe et rencontre un tas de gens incroyables dont le souvenir influencera le choix de mes personnages. Au fil des fuseaux horaires, je tombe amoureux du Sud-Est asiatique et de l’Ouest américain, de la philosophie zen, des arts martiaux, de la civilisation navajo. Et je me passionne pour la géopolitique. Ce qui se passe à l’autre bout du monde m’intéresse. En voyageant, je réalise combien la France est petite, combien notre histoire et notre culture sont des gouttes d’eau dans le kaléidoscope planétaire des civilisations.

J’entre à l’Institut Européen des Affaires, non par goût pour les affaires ou le commerce, loin de là, mais parce que l’école s’ouvre sur le monde et propose en troisième d’année de travailler pendant huit mois dans au moins cinq pays différents. Ma vie d’étudiant se partage donc entre les salles de classe, les salles obscures et les salles d’embarquement. À l’époque, je n’ai toujours pas d’idée sur ma future profession. Je veux faire du cinéma mais je ne connais personne dans le milieu, je veux voyager sans être obligé de vendre quelque chose, je veux vivre dans un endroit qui me plaît et qui ne m’aura pas été imposé par un métier ou par mes racines. Je ne me sens ni l’âme d’un employé de Michelin, ni l’âme d’un arbre. J’hésite entre l’Amérique du Nord et l’Asie du Sud-Est. Ce sera New York, où je créé une société de promotion touristique.

Lorsque je rencontre ma future femme, je découvre l’utilité et surtout le pouvoir des mots. Les lettres et les poèmes que je lui adresse m’aident à la séduire. Nous décidons de fonder une famille et de faire grandir nos enfants dans un endroit plus adapté que Manhattan. Nous optons pour la Côte d’Azur. Il y a la mer dont je ne peux me passer, la montagne, l’air pur, une lumière exceptionnelle, un ciel bleu, un décor de rêve. J’y écris des scénarii qu’un agent à Paris ne parvient pas à caser et des pubs qui nous font vivre. Créatif pour Publicis et Havas, je conçois des slogans, des textes racoleurs, des spots radio, des films publicitaires que je tourne à Nice, à Paris, à Londres, à Bruxelles, à Los Angeles. La pub est une bonne école du langage. J’apprends à manier le verbe, à accrocher le lecteur, à aller à l’essentiel, à communiquer efficacement un message, à aimer les mots, à ne pas les gaspiller, à vénérer leur pouvoir.

Mais le cinéma reste une obsession. Loin des salles parisiennes ou new-yorkaises, je transforme mon salon en salle de cinéma et tapisse les murs de VHS et de DVD. Mes nuits sont toujours hantées par des femmes fatales, peuplées d’individus sortis de l’Actors Studio et mises en scène par des génies pervers.

Mon travail d’écrivain commence véritablement en 1996. J’ai trente-quatre ans. Un début de scénario est stocké dans mon ordinateur depuis pas mal de temps. On y voit une Californienne de sept ans et sa jeune baby-sitter française dans une Ford Mustang, en plein désert de l’Arizona, traquées par des flics et des militaires qui veulent les abattre. Un matin, je décide de continuer l’histoire, sans me soucier de la censure, des contraintes de tournage ou de budget, des règles imposées par le cinéma. Je vais être seul aux commandes, ne rendre de compte à personne, écrire une histoire qui ne sera pas retouchée par un réalisateur ou un producteur. Le scénario se transforme en roman, le road movie en road novel. Je conserve quand même quelques techniques du septième art, enchaînant les chapitres comme des séquences, utilisant une bande-son, privilégiant les dialogues et l’action sur l’introspection, effectuant un montage que me permet le « copier-coller » du traitement de texte. Avec ce premier roman, je deviens accro à l’écriture, et surtout à celle des thrillers où priment l’histoire et la manière de la raconter.

Je fais donc le grand saut malgré les avertissements bien intentionnés de ceux qui me disent qu’on ne vit pas de sa plume. Je tire un trait sur la pub et mon salaire confortable pour me consacrer pleinement à l’écriture.

En 1997, je dégaine Pour adultes seulement qui fait un carton grâce au bouche-à-oreille et à des libraires enthousiastes. Cette course-poursuite de 350 pages où deux héroïnes de l’âge de mes filles sont traquées à mort reçoit le Prix du polar à Toulouse.

En 1998, je récidive avec Couverture dangereuse, un thriller à la structure encore plus filmique où le héros, un rancher américain débarquant à Nice, ne reconnaît plus sa femme, ne parle pas un mot de français et devient la victime d’une machination machiavélique. Le roman est un prélude à la tragédie du 11 septembre 2001 qui secoue l’inconscient collectif trois ans plus tard.

Deux autres champs d’action prennent de l’importance dans mon univers, et donc dans mon travail : les arts martiaux et le rock.
Après avoir pratiqué le judo et tâté du kick boxing, je m’initie au tai chi chuan et surtout au viet vo dao, un art martial vietnamien proche du kung fu. Mon instructeur, Rémi Bertrand, enseigne avec l’art qui fait souvent défaut aux sports de combat en Occident et je deviens un vo sihn, un adepte assidu, ce qui me permet au bout de quelques années d’enseigner à mon tour le viet vo dao aux enfants.

Fondu de musique depuis Black and Blue des Stones jusqu’à Black Holes and Revelations de Muse, en passant par la new wave, le punk, le ska, le grunge, la pop anglaise, le hard rock, je rêve de jouer d’un instrument. Ce sera la basse. Je travaille mes gammes sur Oasis, Metallica, Deep Purple, Rage Against the Machine, Nirvana, Red Hot Chili Peppers. À quarante piges, je me retrouve sur scène avec des gosses de seize ans à jouer Enter Sandman.

En 1999, je change d’éditeur, d’adresse, de fusil d’épaule. Pendant six ans je sors du système, je prends du recul, beaucoup de recul. Je construis ma maison, voyage, me documente, écris des haïkus, des poèmes, des nouvelles et deux romans, dont l’un est ambitieux. Je veux créer un personnage comme on n’a jamais vu auparavant, l’entraîner aux quatre coins du monde et même au-delà, dans une histoire qui aurait l’immortalité pour thème. Je cherche des réponses dans le permafrost du Cercle arctique, dans les caves du Vatican, dans les archives du FBI, dans les publications scientifiques et historiques, chez les taoïstes. Je décide de flinguer mes protagonistes dès le début du roman et d’emmener le lecteur là où il n’a jamais mis les pieds.

En 2005, Le Dernier Testament est publié au Diable vauvert que dirige Marion Mazauric, une personnalité comme je les aime, aux trois « h » : humaine, hyper pro, hors normes. Le Dernier Testament déclenche l’enthousiasme chez les lecteurs et les critiques qui n’ont pas peur de s’attaquer à ce diabolique pavé de 700 pages. Un succès couronné par le Grand Prix de Littérature Policière. Merveilleusement accueilli par les jurés dans le temple sacré de la Bibliothèque des Littératures Policières, je suis adoubé et deviens à mon tour l’un d’entre eux.

Le Dernier Testament est traduit en Italie, en Espagne, en Roumanie, en Russie, en Chine… La planète est contaminée, ce qui me touche particulièrement puisque le roman se veut universel, que ses personnages sont cosmopolites et qu’il propose une vision d'ensemble du monde.
La même année, j’écris onze chansons pour le groupe O.C.Blues. Je leur fournis des histoires de quelques minutes, en anglais, simples et humaines, des tranches de vie que José, Dominique, Tony et Renaud mettent en musique comme par enchantement. L’album intitulé I’m Laid Back sort dans les bacs en septembre 2006 et le morceau éponyme devient l’un des titres les plus diffusés sur les radios spécialisées.

Mon quatrième roman, celui que j’ai écrit parallèlement au Dernier testament au cours de mes six ans de réflexion, se déroule dans le milieu du cinéma. Il reste sous le coude, car la priorité est à Nathan Love, le personnage principal du Dernier Testament dont les éditeurs et les lecteurs réclament le retour.
En février 2007, ce sera fait avec La Dernière Arme.


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